Saouls-vêtements

De Gai-Éros.

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Saouls-vêtements
Texte paru le 2012-02-27 par Monsieur Dagobert   Drapeau-qc.svg
Ce texte a été reproduit sur l'archive avec l'autorisation de Zipper (2000 - Contact: jeandenis@microtec.net)

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  • Vol. 2, no. 1
  • Date : Mars-Avril 1995
  • Rubrique : Fiction érection
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Tout excité, j’avais quitté le bar en douce. Je vérifiais si l’on ne remarquait pas mon absence. J’avais encore fumé et trop bu. Et depuis le temps que l’idée me trottait dans la tête...

Agilement je me dirigeai vers sa voiture que j’avais repérée. Fallait être prudent. Plein de gens entraient et sortaient allègrement de cet hôtel de campagne. La musique résonnait jusqu’à moi. Mon coeur battait à une folle vitesse. Mais je l’avais bel et bien décidé, c’était cette nuit ou jamais... Depuis le temps que j’y pensais. Et j’étais rendu si près du but. Rien au monde ne m’y ferait renoncer... Sans effraction, je m’infiltrai dans sa voiture. Sa voiture à lui. J’étais encore plus en émoi. Son odeur y était. Je sentais sa présence. Je ne savais plus si ma tête tournait à cause de tout cet alcool ou à cause de tout le bonheur que me procurait ses odeurs; ses odeurs à lui. Plus je le respirais et plus je voulais m’enivrer de lui...

Subtilement j’ai fouillé son sac. Un énorme sac de toile comme en ont tous les sportifs. Quelle chance, il était plein de vêtements qu’il avait déjà portés. Des vêtements encore chauds et tout en sueur de ce match victorieux que l’on fêtait en ce moment à l’hôtel.

Fébrilement, je «dézippai» le sac, un parfum musclé et entêtant embauma toute la voiture et mon coeur de voleur rempli de stupeur. Une véritable débauche olfactive. Mais, n’était-ce pas là le but finalement? De mes deux mains, en douceur, je touchais, je frôlais, je caressais ses vêtements imprégnés de sa suave intimité. Je les humais encore et encore. Il me semblait le découvrir, au plus fort de son vécu, dans son monde le plus privé. Mon crime était de brûler secrètement de désir pour lui. Je pris le temps de profiter de ce qui m’envoûtait délibérément. Je délirais... Je le respirais, je le touchais, je me l’imaginais bien moulé, bien membré. Je reniflais son linge, frissonnant de plaisir. Au comble du bonheur, et à ma grande surprise, je découvris des photos de lui. Des photos invitantes, sensuelles, prises dans les vestiaires avec ses copains. Je ne pus résister, j’en subtilisai quelques unes que je glissai dans ma poche. Mon coeur était toujours déchaîné. Je revins à l’hôtel, histoire de célébrer cette fameuse victoire mais surtout pour le voir, lui, Charlot, le mec de la voiture.

Je n’avais d’yeux que pour lui, je ne voyais que lui dans cette foule agitée. Charlot en chair et en os. Il bougeait comme un dieu sur le plancher de danse et tout son être m’hypnotisait. Il possédait les plus belles fesses du coin, un sourire angélique et un corps athlétique. J’étais en transe rien qu’à le regarder, rien qu’à m’imaginer dans ses bras, dans ses draps.

Je craque carrément pour lui. Sans qu’il ne se doute de rien. Il m’accompagne dans mes nuits fantasmatiques, régulièrement. Et maintenant que j’ai de vraies images de lui, il sera davantage avec moi. C’est fou mais Charlot je l’associe à mon Jimmy; ce mec d’une revue qui m’excite et m’inspire tant lors de mes séances d ’auto-satisfaction...

Pour le moment tout est dans ma tête seulement. Et Charlot est bien trop hétéro. Rien n’empêche que je le perturbe de mes regards insolents. Je voudrais tellement l’embrasser, j’aimerais tant pouvoir sentir ses mains, sa langue, son souffle.

«Last call», on annonçe le dernier service, l’hôtel va bientôt fermer, on va devoir s’organiser pour s’en aller. C’est l’heure d’être charitable, d’offrir de ramener un ami chez lui. Charlot me fait signe. Il m’offre de me reconduire à la maison. J’ai hâte d’y être, dévoré que je suis, par mes sens. Il me presse d’enfiler ses vêtements, ses vêtements à lui... Outre les photos, je lui ai emprunté son survêtement, sa coquille, son jack strap, ses bas et son slip... Son slip à lui. Je sais d’ores et déjà que je m’apprête à avoir beaucoup, beaucoup de plaisir. Je sens déjà ses fibres sur ma peau, sur ma peau en alerte. Il est à mes côtés, mais confusément j’ai l’impression qu’il m’attend à la maison, là où à ma guise je pourrai le sentir, le sentir m’appartenir et le sentir m’envahir. J’ai peine à contrôler ce désir envahissant de me caresser tout en croyant le caresser. Lui. Je me meurs de me déshabiller lentement en m’abadonnant à ses photos et à celles de Jimmy... Me retrouver nu, ses fringues sur le lit, je ne porterai que la coquille dans laquelle il fera chaud et où je serai bien serré. Glisser ce survêtement sur mon corps, jouer avec mes sens et mes seins. Respirer son slip, baiser son fond de culotte, me toucher, me frotter jusqu’à ce que survienne le moment jouissif, le moment d’extase... Exploser dans sa coquille sans même me branler...

Il m’a déposé chez-moi. J’étais tout en sueur et je serrais contre moi le fruit de mon délit qui, comme une brûlure, me dévastait sous mes aisselles. Comme j’aurais aimé lui offrir un dernier verre et goûter l’amour avec lui. Sentir couler son corps sur moi, en moi.

Bonne nuit, mon beau Chariot...


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