Le jeune prince

Le jeune prince
Texte paru le 2019-01-07 par Jules1291   Drapeau-ch.svg
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Août
À chaque mois en 2018, une nouvelle activité vous sera présentée dans Raconte-nous cette photo #9...

Laissez voguer votre imagination autour de cette photo et excitez-nous dans vos propres mots!

Voyons ce que les auteurs voient dans cette photo, à leur façon!

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Septembre


J’étais assis au bar d’un hôtel rococo, un dimanche soir de juillet, après être rentré du théâtre municipal où j’avais vu un spectacle. J’étais arrivé dans l’après-midi à Mariánské Lázně, en République tchèque, ville plus connue sous le nom allemand de Marienbad. J’avais commandé une Pilsner Urquell.

Je reconnus immédiatement le jeune homme lorsqu’il entra dans le bar, il était assis à côté de moi au théâtre, au premier rang, nous n’avions pas discuté. Il avait enlevé sa veste et sa cravate, ouvert le col de sa chemise blanche qui pendait hors de son pantalon noir. Ses cheveux étaient mi-longs, auburn, il passa sous un spot qui fit ressortir des reflets roux. Malgré l’heure tardive, presque toutes les places étaient occupées. Le jeune homme me vit, me fit un petit signe de la tête et vint vers moi.

— Vous permettez que je m’assoie avec vous ? me demanda-t-il en anglais.

— Vous êtes le bienvenu, lui répondis-je en allemand.

— Merci.

Il s’assit.

— Vous parlez allemand ? me demanda-t-il.

— Oui, ou français, anglais, et, bien entendu, lëtzebuergesch. Et vous, schwizerdütsch, m’a-t-il semblé lorsque vous avez téléphoné ?

— J’étudie en Suisse, à l’uni de Saint-Gall. Dans ma famille on préfère cependant utiliser l’allemand standard. Je ne me suis pas présenté, je m’appelle Antonius, ce sera plus simple d’utiliser nos prénoms.

— Florent, originaire du Luxembourg, mais je travaille à Bruxelles.

Antonius prit la carte des boissons et l’étudia.

— Un verre de vin rouge ? me proposa-t-il.

— Ce n’est pas de refus.

Il fit signe au barman.

— Une bouteille de Pinot Noir Gantenbein.

— Une bouteille ? m’étonnai-je. Un verre aurait suffi.

— La vie est trop courte pour boire du mauvais vin, dit-on. Et si nous en sommes réduits à faire une cure dans ce coin perdu, c’est que nous ne sommes pas en très bonne santé.

Antonius dégusta le vin et nous trinquâmes.

— Il était assez nul le ballet que nous avons vu ce soir, me dit-il.

— Je ne suis pas spécialiste, c’était surtout pour admirer le corps des danseurs que j’y suis allé. Et surtout nous n’avions pas le choix, c’était le seul spectacle offert pour les touristes.

— Oui, je crois que la troupe venait de Lettonie, ou d’Estonie, enfin d’un pays balte. Ils sont en tournée toute l’année. Qu’est-ce qui vous a incité à venir traîner votre spleen ici ?

— Les hasards des méandres de l’administration européenne. Je suis haut fonctionnaire et j’ai participé aux négociations du Brexit. Beaucoup de stress et j’étais épuisé. Heureusement, nos amis anglais nous ont quittés en mars passé et j’ai pu enfin aller voir mon médecin au mois d’avril, rien de grave, quelques troubles du rythme cardiaque. Il m’a conseillé de faire une cure pour me reposer avant que j’aie un burnout.

— Cela ne vaut pas la peine de gâcher votre vie pour l’Europe.

— Je suis trop consciencieux. Je suis allé voir le médecin du travail, il a rempli un formulaire avec cinq copies carbone pour une demande de cure.

— Ils n’ont pas encore d’informatique ?

— Je m’en suis étonné, le médecin m’a dit que c’était prévu pour 2025, si le budget le permet, ce qui semble compromis avec la sortie du Royaume-Uni. Après deux mois, on m’a écrit que ce serait ici, pour respecter les quotas entre les pays, sans tenir compte des indications médicales. Et, évidemment, les tchèques viennent à Spa.

— Je ne ferai pas de commentaires. Mon pays d’origine ne fait pas partie de l’Union Européenne.

— Vous êtes Suisse ?

— Non, mais permettez-moi de ne pas en dire plus. Ma famille est connue, et je n’aimerais pas qu’on apprenne que j’ai… des problèmes. Je suis ici pour me soigner en toute discrétion, sous un faux nom, même si je doute fort des vertus de l’eau minérale. On dit qu’un de mes aïeuls venait souvent se ressourcer ici il y a un siècle.

— Je comprends, je respecterai votre souhait.

Je bus modérément, Antonius un peu plus que moi. À minuit, le barman nous indiqua poliment que le bar était fermé. Antonius emporta la bouteille pour la terminer dans sa chambre, ou plutôt dans sa suite, comme j’allais le découvrir plus tard. Avant de prendre l’ascenseur, il me dit :

— Je pense que vous commencerez à prendre les eaux demain matin, à 9 heures, comme moi.

— Oui, nous aurons ainsi l’occasion de nous revoir.

— Vous savez dans quelle tenue on fait les soins ?

— J’ai lu qu’on pouvait y aller en peignoir. Et que le spa est naturiste.

— Oui, il faudra qu’y aille, au spa, si mes problèmes de peau me laissent un peu de répit, ces jours ça va. Je vous laisse, bonne nuit.

— Bonne nuit, et, si je peux vous donner un conseil, ne finissez pas la bouteille ce soir.

Antonius rit :

— Je viens de me découvrir un ange gardien. Eh bien, soit, je vous obéirai. À demain.

Il me semblait qu’Antonius avait plus de problèmes psychiques que physiques. Je me réjouissais de passer ces quelques jours en sa compagnie et surtout de le voir nu au spa. Le séjour serait moins ennuyeux que je ne l’avais prévu.

Le lendemain matin, à neuf heures, je descendis au centre thermal en peignoir. Je passai chez la doctoresse, ce fut rapide, elle avait reçu mon dossier et avait l’habitude des fonctionnaires européens fatigués, c’était le programme standard. En sortant, je croisais Antonius. J’aurais aimé entrer avec lui dans le cabinet médical pour savoir de quoi il souffrait.

L’incroyable se produisit, Antonius me dit :

— Viens avec moi chez le médecin.

Je fus surpris car il me tutoya. J’hésitai :

— Euh, pourquoi ?

— Parce que tu es mon ange gardien. Je t’expliquerai après.

La doctoresse eut l’air surprise de me revoir. Antonius lui dit que j’étais un ami très cher et qu’il ne me cachait rien. Elle eut un sourire entendu : nous étions gays et amants. Je restai assis en retrait. La doctoresse lut le questionnaire médical qu’il avait envoyé à l’avance. Elle résuma :

— Vous avez donc des plaques d’eczéma qui apparaissent sporadiquement et le dermatologue pense que c’est psychosomatique.

— C’est exact.

— Et savez-vous quel problème pourrait les provoquer ?

— Je le sais, mais je ne désire pas en parler à un psychologue ou à un psychiatre. C’est trop intime.

— C’est votre choix, je le regrette car cela pourrait vous aider, mais je ne peux rien y changer. Espérons que les bains calmeront votre peau. Et je lis que vous buvez trop.

— C’est aussi exact, je ne vais pas le cacher. Je vais essayer de ralentir.

— Vous pourriez même arrêter totalement.

— Non, je veux pouvoir me contrôler. Boire modérément.

— Il vous faudra beaucoup de volonté. Je vais vous ausculter. Pourriez-vous vous lever et enlever votre peignoir ?

Antonius avait quelques rougeurs sur le corps, cela ne semblait pas trop grave. Il avait mis un maillot de bain, la doctoresse le baissa brièvement pour lui tâter les couilles, je supposai que c’était par curiosité car elle ne l’avait pas fait avec moi, je ne vis cependant pas sa bite d’où j’étais assis. Je pus déjà mater ses fesses.

La doctoresse l’autorisa à se rendre au spa, à mon grand soulagement. La visite était terminée et nous sortîmes pour aller boire de l’eau thermale.

— Elle est dégueulasse, fit Antonius.

— Plus c’est mauvais, plus c’est efficace. On se tutoie, alors ?

— Oui. J’ai pensé que ce serait plus crédible si on avait parlé ensemble chez la doctoresse.

— Pourquoi m’as-tu demandé d’aller avec toi ?

— Parce que tu devais connaître ma situation. Oui, je suis un alcoolo. Et on m’a donné une dernière chance, si je n’arrête pas ce sera la cure de désintoxication.

— On ne peut pas te forcer…

— La raison d’état est parfois plus forte que les libertés individuelles. Je compte sur toi pour m’aider à me sortir de mes problèmes psychologiques, et cela me libérera de ma consommation excessive d’alcool.

— Pourquoi moi ? Alors que nous ne nous connaissons que depuis hier.

— Une intuition, je pense que tu es la bonne personne. Si j’étais croyant je dirais que ta présence est un signe du ciel.

— Et que devrais-je faire pour t’aider ?

— Nous en parlerons plus tard, on nous attend pour la douche.

Après les soins, nous prîmes le déjeuner ensemble. Je pus convaincre Antonius de ne plus boire d’alcool avant le dîner. Il demanda à la réception de vider son minibar et d’interdire au service en chambre de lui en livrer. Désormais, il devrait négocier avec moi chaque verre.

Après une sieste, je retrouvai mon compagnon d’infortune au spa. Il enleva son peignoir et, cette fois, il était nu dessous. Je jetai un coup d’œil discret sur son entrejambe. Il avait une jolie queue, bien proportionnée, ni trop discrète ni trop voyante, son prépuce recouvrait juste le gland. Il regarda aussi la mienne, j’en fus gêné et j’eus un début d’érection.

— C’est moi qui te fais cet effet ? me demanda Antonius en riant.

— Je… je ne pense pas, c’est d’être nu. Il y a plusieurs jours que je n’ai pas eu de…

— Tu as laissé bobonne à la maison ?

— Non, je suis célibataire.

— Je te comprends, pas tous les jours l’envie ou le temps de se branler. Note que moi aussi je le suis, et même toujours vierge. On en reparlera au dîner. Je veux perdre mon pucelage. Tu es circoncis ?

— Oui. Tu n’as jamais vu de bite circoncise ? Ça te plaît ?

— D’habitude, je n’ose pas parler aux hommes que je croise dans les vestiaires comme je le fais avec toi. Ils pourraient mal le prendre. Avec toi, je me sens en confiance. Je ne peux pas juger de l’esthétique d’une queue, je ne suis pas une femme.

Je pris une douche glacée qui me calma.

C’était avec une certaine impatience que j’attendis le soir, je ne me faisais cependant pas trop d’illusions. Je n’avais aucune information qui me laissât à penser qu’Antonius fût gay, et, même s’il l’était, il n’avait peut-être aucune envie de perdre son pucelage avec un type qui aurait pu être son père.

Il avait été sage et n’avait pas bu la bouteille de vin la nuit précédente. Nous la terminâmes en dinant, c’était l’habitude dans cet hôtel de mettre plusieurs jours pour boire une bouteille et le serveur ne fut pas étonné. Après avoir mangé, nous nous assîmes au bar.

— Qu’ai-je le droit de boire ce soir ? me demanda Antonius en riant.

— Un verre, répondis-je, je te propose une bière, cela durera plus longtemps.

— D’accord.

Le barman apporta notre commande.

— Alors, demandai-je à Antonius, tu veux perdre ton pucelage ?

— Ça t’intrigue ?

— C’est toi qui m’en a parlé. Tu veux séduire une curiste ?

— Bof, regarde autour de toi, il n’y a que des vieilles rombières dans cet hôtel. Je n’ai aucune chance de trouver une femme ici.

— Détrompe-toi, elles t’accueilleront à bras ouverts, ou plutôt à jambes ouvertes, tu es si beau.

— Merci du compliment.

— Choisis-en une qui est seule, une veuve éplorée.

— Je pense qu’elle ne me ferait même pas bander. Nous irons au bordel.

— Nous ?

— Je me sentirais plus à l’aise avec toi. Je n’ai jamais fréquenté ce genre d’endroits.

J’allais lui dire « Moi non plus », mais je me retins. Ce serait aussi intéressant pour moi, une découverte culturelle. Il continua :

— J’ai demandé au concierge. Il m’en a conseillé un, j’ai regardé sur Internet, c’est le plus cher de la ville, je ne sais pas si c’est vraiment un signe de qualité…

— On verra. Je… J’espère que ce n’est pas trop cher, ce n’est pas que je sois fauché, mais le salaire des fonctionnaires n’est pas mirobolant.

C’était une excuse, mon salaire était très convenable, je ne désirais cependant pas trop dépenser car je n’avais aucune intention de coucher avec une prostituée, alors que je pouvais le faire gratuitement au sauna gay avec un homme.

— Ne parle plus de fric avec moi, ma famille a plus de trois milliards de francs suisses de fortune, je peux bien te payer une pute.

— Si c’est ainsi, j’accepte…

Nous décidâmes d’y aller le soir suivant, le mardi. Antonius avait une voiture avec son chauffeur. Nous avions mis des habits simples, polos et jeans. Le bordel se trouvait en banlieue, un bâtiment qui ressemblait à un entrepôt. Le chauffeur nous souhaita un bon amusement et demanda d’envoyer un SMS lorsque nous aurions terminé. Antonius me pria de passer le premier. Je m’aperçus qu’il devait être très timide, timidité qu’il essayait de cacher en se montrant souvent très direct. Je sonnai. On regarda par un judas et la porte s’ouvrit. C’était la mère maquerelle, d’un certain âge, très élégamment vêtue d’une longue robe, pas vulgaire du tout.

— Bonsoir Messieurs, bienvenue. Vous êtes le « Petit Prince ».

— Oui, c’est avec ce nom que j’ai annoncé ma venue, fit Antonius.

— C’est vrai que vous êtes beau comme un prince, si je puis me permettre. Je m’appelle Madame Claude, en hommage à une consœur française. Entrez-donc et asseyez-vous au salon.

Elle nous montra le chemin.

— Si cela ne vous dérange pas, pourriez-vous me remettre le petit dédommagement que nous avons convenu ? demanda Madame Claude.

— Acceptez-vous les cartes de crédit ?

— Évidemment, nous sommes au vingt-et-unième siècle.

Antonius la donna, c’était une American Express Platinum. Il signa la facturette. Je ne vis pas le montant qui me sembla avoir beaucoup de zéros. Deux filles arrivèrent avec des coupes de champagne et s’assirent à côté de nous. Antonius semblait pressé et ne manifestait pas beaucoup d’intérêt aux minauderies des prostituées. Madame Claude le remarqua et nous invita à passer dans les chambres.

J’étais avec Zlatuše, une femme d’une vingtaine d’années, pas trop aguichante, elle avait même une certaine classe. J’enlevai mes souliers et me couchai sur le lit. Elle se déshabilla, tout en laissant ses sous-vêtements de dentelle noire. Nous parlions en allemand.

— Tu fais autre chose dans la vie à part te prostituer ?

— Je fais des études de sociologie, c’est pour payer mes études.

— Et ça ne te dérange pas ?

— Ici, le prix élevé restreint l’accès et les clients sont en général respectueux. Tu es venu pour causer ou pour baiser ?

— Pour causer, aucune envie de baiser. Je ne suis là que pour accompagner mon ami. Je suis gay.

— Pas de souci, je peux te pénétrer avec un gode.

— Je préfère les queues dans mon cul, et je ne pense pas que tu en as une, à moins d’être un trans.

— Tu ne veux rien faire avec moi ? Je serais déçue. Mets-toi à l’aise, nous avons une heure.

— Il a été généreux mon ami !

— Ici, nous prenons notre temps.

— Essaie de t’amuser avec ma bite, je ne te promets rien.

Zlatuše me déshabilla. Une fois que je fus nu, elle enleva aussi ses sous-vêtements. Elle lava mon pénis avec un gant de toilette, le sécha, puis le caressa. Elle était très douce. Je fermai les yeux, m’imaginant que j’étais avec Antonius.

Elle était très habile, elle me fit une fellation sans capote et je finis par jouir, pour la première fois de ma vie avec une femme, j’en fus moi-même très surpris. Elle me fit encore un massage de la prostate qui me procura un second orgasme.

— Tu vois, me dit-elle, on peut aussi avoir du plaisir avec une femme. On ne devrait plus toujours se cataloguer selon notre orientation sexuelle, nous sommes tous des êtres humains, et nos envies peuvent varier d’un jour à l’autre.

Elle me lava à nouveau et je me rhabillai. Je lui laissai un pourboire généreux et sortis. Antonius buvait une coupe et avait l’air morose.

— Ça a été ? lui demandai-je.

— Quoi ?

— Le dépucelage.

— Oui, évidemment.

Son air disait le contraire de ce qu’il prétendait. Nous rentrâmes à l’hôtel. Il ne dit rien de tout le trajet. Il alla directement au bar et commanda une bouteille de Pinot Noir avant que ne pusse réagir.

— Je n’ai pas pu bander, me dit-il.

— C’était la première fois, tu étais stressé. Et puis c’était une prostituée, pas ta petite amie.

— Tu dis ça pour me rassurer. Je suis nul, je vais me souler et quitter ce monde au petit matin.

— Ne dis pas de conneries, je t’en prie.

Antonius but trois verres, il voulait s’en verser un quatrième lorsque je lui dis :

— C’est fini, je prends la bouteille et je la planque dans ma chambre. Ensuite je ne te quitte plus avant que tu sois de nouveau sobre.

Il se mit à pleurer. Je me levai en lui disant :

— Ne te donne pas en spectacle ici, suis-moi.

Il se leva aussi. Nous passâmes dans ma chambre, je pris des affaires de toilette et des préservatifs, ainsi que des habits de rechange. Nous montâmes deux étages. Je découvris qu’Antonius avait la plus belle suite de l’hôtel, ce qui ne m’étonna pas depuis qu’il m’avait parlé de la fortune de sa famille. Il se déshabilla, jetant ses habits n’importe où, et ne garda que son boxer blanc. Nous nous assîmes sur le canapé. Je le pris dans mes bras et le serrai, il recommença à pleurer.

— Laisse-toi aller, et après tu me dis tout ce que tu as sur le cœur.

Lorsqu’il arrêta, je séchai ses larmes avec un mouchoir.

— Je t’écoute, lui dis-je.

— Je suis homosexuel et j’ai envie de baiser avec toi !

— Nous y voilà, dis-je, ce n’était pas si compliqué de l’avouer.

— Parle pour toi, fit Antonius, pour moi ce n’était pas simple, tu es la première personne à qui je fais cette confidence.

— Alors, tu veux faire l’amour avec moi ?

— Oui ! Tu n’attendais que ça !

— Tu es jeune et craquant, mais je ne t’ai pas attendu toute ma vie. J’y mets des conditions.

— Des conditions ? Tu es bien compliqué.

— N’oublie pas que je suis ton ange gardien, je ne voudrais pas t’aiguiller dans une mauvaise direction. Condition numéro un : tu arrêteras de boire comme un trou.

— D’accord.

— Deuxième condition : ce n’est que pendant la cure. Après, tu chercheras un homme de ton âge, nous ne sommes pas faits pour vivre le reste de notre vie ensemble.

— Je comprends ton point de vue et je le partage, mais ce sera difficile de trouver quelqu’un.

— Oui, surtout de choisir quelqu’un qui t’aime toi et pas ta fortune. À Saint-Gall, les étudiants savent qui tu es ?

— Je ne l’ai jamais caché. Il me semble que cela a plutôt éloigné les autres de moi. Ou ce n’était que pour étudier ensemble, comme avec Jan. Il m’a beaucoup aidé, sans lui je n’aurai pas passé la première année. C’est lui qui m’a appelé au théâtre quand tu as découvert que je parlais le suisse-allemand.

— Ah bon ? Il s’inquiète de toi pendant les vacances ?

— Maintenant que tu me le dis, cela ne m’avait pas frappé. Il doit avoir découvert mon mal-être, même si nous n’en avons jamais parlé.

— Tu crois qu’il est amoureux de toi ? Es-tu amoureux de lui ?

— Je n’ai jamais considéré notre relation dans cette perspective, n’oublie pas qu’au début de la soirée je voulais encore coucher avec une femme.

— Tu veux toujours faire l’amour avec moi ?

— Tu es vraiment compliqué. Tu m’as dégrisé en me faisant penser à Jan.

Antonius regarda sa montre, puis dit :

— Ce n’est pas trop tard, je vais l’appeler.

Il prit son smartphone, enclencha le haut-parleur et sélectionna le numéro de son camarade.

— Antonius ? répondit celui-ci. Qu’y a-t-il ? Je dormais déjà.

— Désolé de t’avoir réveillé, mais c’est important. Tu permets que nous parlions l’allemand standard, j’ai quelqu’un avec moi qui aimerait écouter notre conversation.

— Je suis d’accord, rien de grave, j’espère ?

— Non, j’ai juste une question à te poser : es-tu homosexuel et m’aimes-tu ?

— Évidemment, tu as mis du temps à le découvrir.

— Pourquoi ne m’en as-tu pas parlé plus vite ?

— Tu m’as toujours dit que tu aimais les femmes et que tu n’avais pas encore trouvé de petite amie. Je n’en croyais pas un mot, mais je n’avais pas de raison de mettre en doute ta parole. Tu es aussi homosexuel ?

— L’homme qui est avec moi me l’a fait découvrir.

— La cure aura au moins servi à quelque chose. L’eau minérale a parfois des effets secondaires inattendus.

— Puisque tu m’as dit que tu es amoureux de moi, je pense que tu n’as pas de petit ami en ce moment ?

— Je n’en ai jamais eu, je n’ai jamais eu de relations sexuelles avec quiconque non plus. Voudrais-tu être le premier ?

— Oui, j’interromps la cure et je rentre en Suisse. On se parlera plus longuement demain soir, on a beaucoup de choses à se dire.

— Alors, à demain, bonne nuit.

— Bonne nuit, et encore désolé de t’avoir réveillé.

Antonius avait l’air très ennuyé. Il éteignit son téléphone et me dit :

— Je suis confus, tu as joué l’entremetteur. C’est parfait pour moi, mais tu comprendras que je ne désire plus que tu me dépucèles, si Jan avait eu des amants, ce serait différent, mais il est aussi vierge.

— Je te comprends, je renonce à baiser avec toi, je materai une vidéo porno. J’ai déjà joui avec la prostituée ce soir.

— Avec une femme ?

— Je ne vais pas changer d’orientation, ne t’inquiète pas.

— Je t’offrirai un cadeau pour te remercier. Et puis non, je ne peux pas te laisser repartir comme ça, j’aurais des remords.

— J’ai dit que je resterai avec toi jusqu’à demain. Je ne vais pas repartir.

— Pas de dépucelage, mais je pense que tu devrais vérifier si je bande bien avec un homme, je ne voudrais pas décevoir Jan.

— Je ne dis pas non, même si cela ne doit pas te poser de problèmes si j’en juge la bosse de ton boxer.

Nous étions toujours assis sur le canapé. Je passai mon bras gauche sur l’épaule d’Antonius, le tirai contre moi et lui caressai la poitrine de la main droite.

— Et c’est quoi, d’après toi, un dépucelage ? Ou, autrement dit, qu’ai-je le droit de te faire ?

— Tout ce que la pute m’a fait, ou plutôt a essayé de me faire, tu peux me branler, me sucer et me mettre un doigt dans le cul.

— Tu es bien vulgaire pour un « Petit Prince », c’est ça les bonnes manières qu’on apprend à la cour ?

— Tu penses que je suis un prince ?

— C’est le nom que tu as donné au bordel. On va s’occuper de ce petit zizi princier. Tu n’a pas eu de femme de chambre pour te déniaiser ?

— Ça ne se fait plus de nos jours, la peur des scandales. Ce sera déjà assez délicat de révéler mon homosexualité à la populace, ça m’est bien égal à présent. Il est vraiment si petit que ça mon zizi ?

— C’était une boutade. Il semble cependant que les jeunes générations on un pénis plus petit que leurs aînés. Un groupe de travail de l’Union Européenne a été formé pour revoir les normes de la longueur des pénis. On espère toutefois qu’après le Brexit la moyenne remontera.

— Ah bon ? L’UE veut légaliser la longueur des pénis et leur courbure, comme les bananes ?

— Pour les préservatifs seulement…

Je passai ma main sur l’étoffe du boxer d’Antonius, lui massant d’abord légèrement les testicules, ensuite plus énergiquement la hampe de son pénis.

— Test positif ! dis-je, tu bandes avec un homme.

Non sans mal, je sortis le membre dur par l’ouverture du sous-vêtement. Il était de longueur moyenne, le gland était toujours recouvert, je fis coulisser le prépuce plusieurs fois sans difficulté. Une goutte perla du méat.

— Va pas trop vite, me dit Antonius, je suis très excité.

— Vos désirs sont des ordres, votre altesse sérénissime.

— Parfait, votre excellence.

— Je vois que tu t’es renseigné sur moi.

— J’ai un service de renseignement très efficace.

— Je vais laisser ton zizi tranquille, ne le touche pas non plus, va sur ton lit et mets-toi à quatre pattes.

Je pris ma trousse de toilette et suivis Antonius qui se mit en position comme je l’avais demandé. J’enlevai mes chaussures, mes chaussettes et mon pantalon, montai sur le lit king size. Je baissai son boxer en dégageant juste les fesses. Je mis de l’huile de massage sur mes doigts et enfilai ma main pour stimuler son point Hui Yin et l’arrière de ses couilles, puis je remontai le long de sa raie, effleurant sa rosette.

— Tu aimes ? demandai-je au prince.

— Tu fais ça comme un roi, continue.

J’assouplis le sphincter, je finis par introduire un doigt dans son fondement. Je cherchai la prostate pour la masser. Je n’insistai pas trop longtemps. Je dis ensuite à Antonius de se coucher sur le dos. Je lui ôtai son boxer, essuyai ma main avec. Il n’avait plus qu’une demi-molle. Je décalottai son gland et lui léchai le frein et la couronne, je pris ensuite le membre entier dans ma bouche. Le prince banda à nouveau. Il jouit trop rapidement, après quelques va-et-vient. Je finis de le nettoyer avec ma langue.

Antonius paraissait surpris.

— Désolé, je n’ai pas pu me retenir. Tu as avalé mon sperme ?

— Oui, la première semence d’un prince vierge est un élixir de jouvence, mieux que le Viagra, dit-on.

— Je ne savais pas.

— Moi non plus, c’est la première fois que je suce un prince charmant.

— Espérons que je ne vais pas me retransformer en grenouille.

— Bah, je porterai tes cuisses à la cuisine et cela me fera mon dîner demain.

— Et à présent, on fait quoi ? Je peux voir si l’ingestion de ma semence princière t’a été bénéfique ?

— Vos désirs sont des ordres, votre altesse sérénissime.

Je me couchai sur le dos et laissai Antonius se débrouiller seul. Je ne savais pas si je pourrais bander après la visite au bordel. Je n’avais plus 20 ans.

— Qu’est-ce tu désires ? me demanda Antonius.

— Ce que tu veux, tu n’es pas obligé de me faire le même programme.

— Je vais juste te sucer, comme ça je n’aurais pas l’air trop emprunté avec Jan.

Je me laissai faire. Les lèvres d’Antonius redonnèrent rapidement du tonus à mon membre endormi. Il était très doux et prévenant. Je mis du temps à éjaculer. Je lui dis d’arrêter, que ce n’était pas grave si je ne jouissais pas, mais il fut patient et termina à la main après avoir enduit mon pénis d’huile de massage. J’eus un orgasme très intense.

Nous nous couchâmes, le prince s’endormit immédiatement. Je mis beaucoup plus de temps à trouver le sommeil, me demandant pourquoi il avait traversé ma vie, telle une étoile filante. J’allais me retrouver à nouveau seul après son départ. Je regrettais qu’il ne fût pas du même âge que moi.

Je me réveillai le lendemain matin à 7 heures. Antonius était au téléphone, il commanda le petit déjeuner, avisa la réception de son départ prématuré, leur répétant plusieurs fois que ça lui était complètement égal de payer des frais d’annulation, et il informa encore son chauffeur.

Je le quittai après le repas car j’avais des soins à 9 heures.

— Je ne sais comment te remercier de m’avoir ouvert les yeux, me dit Antonius.

— Ton bonheur avec Jan sera ma récompense, et je suivrai attentivement les sites people pour me tenir au courant.

— Nous allons essayer de rester discrets. Jan avait déjà l’habitude de venir dans mon appartement pour étudier. Tu auras de mes nouvelles, je t’inviterai dans la principauté pour un week-end.

Antonius me donna une accolade, puis un long baiser sur la bouche.

— J’ai encore appris quelque chose, me dit-il en souriant.

— Bon vent, ma masseuse m’attend. Ce n’est même pas un homme…

Le soir, j’avais du vague à l’âme. Je retournai au théâtre municipal pour me changer les idées. En rentrant, je m’assis au bar de l’hôtel. Je commandai une bouteille de Pinot Noir, en me promettant de la boire avec modération.

J’en étais au deuxième verre lorsque l’homme entra dans le bar. Je le reconnus immédiatement, c’était le chanteur qui avait donné le récital au théâtre. Malgré l’heure tardive, presque toutes les places étaient occupées. L’homme me vit, me fit un petit signe de la tête et vint vers moi.

— Vous permettez que je m’assoie avec vous ? me demanda-t-il en allemand. Ou attendez-vous votre ami ?

— Vous êtes le bienvenu, lui répondis-je. Mon ami est parti.

— Merci.

Il s’assit.

— Vous prendrez un verre de vin ? demandai-je.

— Ce n’est pas de refus.

Je fit signe au barman, il apporta un verre, nous trinquâmes.

— Je ne me suis pas présenté, Florent, originaire du Luxembourg, mais je travaille à Bruxelles.

— Vous connaissez déjà mon prénom, Valery, je vous ai vu assis au premier rang pendant le concert. Quelle coïncidence, je travaille aussi à Bruxelles, au chœur de l’opéra.

— Le monde est petit, il me semblait bien vous avoir déjà vu sur une scène, ce n’était pas mentionné dans votre biographie.

— C’est voulu, on doit donner l’impression que je suis un soliste international célèbre et pas un chanteur de deuxième ligue.

— Pourquoi venez-vous vous produire dans ce coin perdu ?

— Pas pour le cachet… On m’offre une semaine à l’hôtel, c’est toujours bon à prendre. Euh… si je puis me permettre… j’ai entendu la conversation hier soir avec le jeune homme, j’étais assis juste à côté, ce n’était pas possible de ne pas l’entendre.

— Ne vous excusez pas. Je ne vais pas vous dire qui c’était, par contre il m’a avoué qu’il était homosexuel et que c’était pour cela qu’il n’avait pas bandé avec la prostituée.

— Et vous l’avez… comment dire…

— Oui, je suis aussi homosexuel, et j’ai commencé à l’initier. Je ne voulais pas avoir une liaison durable avec lui et il s’est rappelé opportunément qu’un de ses camarades à l’uni semblait avoir plus que de l’amitié pour lui. Il est parti le rejoindre.

— Un beau conte de fées, qui se termine bien pour votre prince. Et mal pour vous, la bouteille est déjà bien entamée.

— Vous savez que c’est un prince ?

— Je ne vous l’ai pas encore dit, je suis originaire du même pays que lui.

— Décidément, le monde est petit. J’espère que vous resterez discret. Il a peur d’un scandale s’il révélait son homosexualité.

— Comptez sur moi. Pour vivre heureux vivons cachés.

Je voulus me verser un quatrième verre lorsque Valery me retint :

— C’est fini, je prends la bouteille et je la planque dans ma chambre. Ensuite je ne te quitte plus avant que tu sois de nouveau sobre.

— Avec plaisir, je te suis…