L’ami venu d’ailleurs (04)

L’ami venu d’ailleurs (04)
Texte paru le 2013-09-03 par Jules1291   Drapeau-ch.svg
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Août
À chaque mois en 2018, une nouvelle activité vous sera présentée dans Raconte-nous cette photo #9...

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Voyons ce que les auteurs voient dans cette photo, à leur façon!

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Septembre


9 août 2013 – La fièvre du vendredi matin

Je m’habille rapidement, les ambulanciers frappent à la porte, j’ouvre. Je leur montre Daniel sur le lit, ils prennent son pouls, puis lui font rapidement un électrocardiogramme. L’un des ambulanciers me dit :

Es geht, sein Puls ist langsam aber regelmässig.

Excuse me, I don’t understand.

L’ambulancier me répète en anglais que son pouls est lent, mais régulier. Ils vont l’emmener à l’hôpital, je peux venir avec. Ils demandent à Daniel s’il peut marcher jusqu’à l’ambulance, celui-ci répond oui. Ils lui mettent une couverture sur le dos, puis nous descendons avec l’ascenseur et sortons de l’hôtel. Ils installent Daniel sur la civière et nous partons rapidement vers l’hôpital, sans utiliser la sirène. C’est la première fois que je suis dans une telle situation.

À l’arrivée, les infirmiers emmènent immédiatement Daniel et me demandent d’aller vers l’hôtesse d’accueil. Nous conversons de nouveau en anglais :

— Bonjour Monsieur, êtes-vous de la famille de la personne malade.

— Euh, nous sommes amis, mais depuis très peu de temps.

— Comment s’appelle-t-il ?

— Daniel G.

— Et quelle est sa date de naissance ?

— Il doit avoir 18 ans, mais je ne sais plus je jour.

— Et où habite-t-il ?

— À Marseille, en France, je pense.

— Avez-vous l’adresse ?

— Non. Mais je pourrais retourner à l’hôtel et chercher ses papiers.

— Pas tout de suite, revenez plus tard ce matin. Regardez s’il a une carte d’assurance et prenez sa carte d’identité.

J’attends une demi-heure à la salle d’attente, cela me paraît interminable. Un docteur arrive enfin :

— Bonjour, je suis le docteur H. Vous êtes venu avec le touriste français ?

— Oui.

— J’ai examiné M. G., je ne peux pas encore dire ce qu’il a, nous allons faire des analyses.

— Puis-je le voir ?

— Non, retournez vous reposer à l’hôtel, vous n’avez pas l’air très en forme non plus.

— Il vous a dit que nous avions fait un repas assez copieux hier soir ?

— Oui, il parle très bien l’allemand. Bien, excusez-moi, j’ai beaucoup de travail cette nuit. Au revoir Monsieur.

— Au revoir.

Je demande à l’hôtesse de me commander un taxi et je rentre à l’hôtel. L’immense suite me paraît tout à coup bien vide. Je ne vais évidemment pas me coucher. J’ouvre le sac de Daniel et je cherche sa carte d’identité. Je ne la trouve pas tout de suite, mais je tombe sur un objet bizarre. Il a la grosseur d’un ancien communicateur Nokia des années 90, mais on ne peut pas l’ouvrir. Il n’a aucun nom de marque, je me demande ce que c’est. Je finis par trouver la carte d’identité de Daniel et je copie toute les informations sur mon iPhone. Je n'avais pas noté qu’il est né le 1er août 1995, il avait son anniversaire le jour de notre rencontre, 18 ans, et il ne m’avait rien dit. Je trouve aussi une carte d’assurance et sa carte de crédit, elle a été émise par une banque d’un paradis fiscal exotique.

Je reste éveillé jusqu’à six heures. Je prends le sac à dos et je quitte la suite. Je me rends à l’hôpital en taxi. C’est une autre hôtesse, je lui donne les cartes et elle complète les données dans son ordinateur. Je lui demande ensuite si je peux voir Daniel. Elle me répond que c’est trop tôt, mais elle téléphone quand même. Elle me dit :

— Vous pourrez le voir à 7h30, chambre 305, troisième étage. Allez boire un café à la cafétéria en attendant.

Je la remercie et je vais boire le café, je n’ai pas faim. L’attente est de nouveau interminable.

À 7h30, je prends l’ascenseur pour monter au troisième étage. Je frappe et j’entre dans la chambre. Daniel est debout, il a mis une chemise d’hôpital.

— Ah, te voilà enfin avec mes habits, me dit-il.

— Tu vas mieux ?

— Je t’avais dit de ne pas t’inquiéter.

Je le serre dans mes bras et lui demande :

— Alors, tu peux sortir ?

— Je dois encore voir un médecin à 8 heures.

Je suis soulagé, je m’attendais au pire. Daniel se rend à la salle de bain pour s’habiller, il y a d’autres malades dans la chambre. Il revient.

— Ils ont trouvé ce que c’était ?

— Pas encore, ils ont fait des analyses dont je n’ai pas les résultats.

— Et tu vas vraiment mieux ?

— Je suis guéri.

Vers 8 heures, une infirmière vient chercher Daniel. Je lui demande :

— Je peux l’accompagner ?

— Vous demanderez au docteur.

Nous entrons dans le cabinet, il n’y a encore personne. Le docteur arrive quelques minutes plus tard, il a la cinquantaine, a mis une blouse blanche, une chemise rose avec une cravate. Il s’adresse à nous en français :

— Bonjour Messieurs, je suis le Docteur T. J’ai fait un stage en France et je parle un peu français. Qui est malade ?

— C’est moi, répond Daniel. Mon ami peut-il rester ?

— Si vous êtes d’accord.

Le médecin ferme la porte. Il dit à Daniel :

— Pourriez-vous vous déshabiller ? Vous pouvez garder votre sous-vêtement.

Je remarque de nouveau les caleçons étonnants de Daniel. Ils sont tous la même chose, de couleur violette, avec quelques mots illisibles et trois barres obliques /// jaunes en-dessous. Je lui avais demandé où il les avait achetés, il m’avait dit qu’il avait un oncle couturier dans sa famille et que les caleçons étaient faits sur mesure. Il ne savait pas ce que signifiaient les inscriptions, une fantaisie de son oncle. J’imaginais mal l’oncle prendre des mesures pour faire des sous-vêtements. C’était encore un mensonge.

Le médecin mesure la tension de Daniel, puis l’ausculte assez rapidement.

— Vous m’avez l’air en pleine forme ce matin. Pourriez-vous encore enlever votre slip ?

Je me demande pourquoi, en fait je pense que c’est une simple curiosité du médecin, il veut se rincer l’œil, serait-il aussi gay ? Daniel exécute les ordres, il commence à avoir l’habitude de se dénuder depuis qu’il est avec moi. Le docteur met des gants et lui décalotte le pénis, puis tâte les testicules. Il lui demande ensuite de se mettre sur le côté et lui fait un toucher rectal. Il lui demande enfin de se rhabiller et de venir s’asseoir à son bureau.

— M. G., je n’ai rien trouvé de particulier lors de l’examen, mais quelque chose ne joue pas au niveau des analyses.

Le médecin nous montre des chiffres sur l’écran de son ordinateur.

— Vous voyez ? Il y a beaucoup de valeurs dans votre sang qui ne sont pas normales, mais je n’arrive pas à déterminer de quelle maladie il s’agit. Je vous propose de faire des examens complémentaires.

— Ici ? demande Daniel. Dans cet hôpital ?

— Oui, ce serait mieux.

— Je suis désolé, mais j’ai des obligations importantes, je ne peux pas rester.

— J’insiste, ce pourrait être grave.

— Non, je ne peux vraiment pas.

— Bon, j’ai préparé une décharge que je vous demande de signer.

Daniel la signe sans la lire.

— Vous ne lisez pas ?

— Je vous fais confiance.

— Vous êtes libre de partir, mais allez très rapidement chez un médecin.

Nous quittons l’hôpital et décidons de rentrer à pied. Je suis inquiet, je pense évidemment que Daniel pourrait avoir le sida. Et si c’était ça son secret ? Une grave maladie ? Nous avons utilisé des préservatifs jusqu’à présent, mais ça ne me rassure qu’à moitié. Je lui demande :

— Et c’est quoi ces obligations importantes ?

— Faire l’amour avec toi.

— Je suis sérieux, ce n’est pas le moment de plaisanter.

— Bien, je vais faire un bilan de santé. On m’a conseillé la clinique Juvenus à Paris. Je vais leur écrire.

— Mais ce doit être très cher.

— Oublies-tu déjà notre gain ? Et nous pourrons passer quelques jours en amoureux à Paris.

— Ça, c’est une bonne idée.

Je ne m’étais pas encore habitué à être riche. J’achète des croissants en passant devant une boulangerie. À l’hôtel, je sors mon ordinateur portable et crée un compte d’utilisateur pour Daniel. Je l’aide ensuite à configurer son compte de messagerie, puis je lui dis :

— Puisque je viens avec toi à Paris, demande-leur de me faire un test VIH.

— VIH ? Ah oui, le sida.

— Et fais-en aussi un.

Daniel écrit le courriel, puis nous dormons quelques heures. Nous nous réveillons au début de l’après-midi et commandons un repas léger au service en chambre. Daniel relève son courrier :

— Il y a déjà une réponse, nous pourrons faire le check-up le vendredi 16 août à 8 heures. Il ne faudra rien manger et pas pisser le matin. Et pas baiser trois jours avant l’examen.

— Pourquoi ?

— Je pense que c’est pour l’examen de la prostate.

— Mais nous sommes trop jeunes pour être malades.

— C’est compris dans le prix !

— De toute façon je ne ferai que le test VIH.

— Ah oui, c’est vrai, j’avais oublié.

Je n’en suis pas sûr. Je dis que je vais acheter un journal et je sors de la suite. J’appelle immédiatement la clinique :

— Clinique Juvenus, Corinne, puis-je vous aider ?

— Bonjour, mon ami vient de prendre un rendez-vous pour moi pour le 16 août et je voudrais savoir si vous avez toutes les indications.

— Quel est votre nom ?

— Pierre K.

— Votre date de naissance ?

— 14 février 1991.

— Un instant. Tout est en ordre, un bilan de santé complet et un test VIH. Il a payé avec sa carte de crédit.

— Je pensais faire seulement le test VIH, mais cela ne fait rien. Merci Madame, au revoir.

— Au revoir Monsieur, et à la semaine prochaine.

Daniel m’avait effectivement réservé un examen complet, je me demande pourquoi. Est-ce de nouveau un cadeau bizarre, comme le bulletin de Loto ? Ou veut-il aussi connaître mon état de santé avant de s’engager dans une relation durable ? Je décide de ne rien lui dire, je remonte dans la suite. Il me demande :

— As-tu trouvé ton journal ?

— Non, rien en français.

— Alors qu’allons-nous faire ?

— Je n’ai jamais baisé un millionnaire.

— Ça tombe bien, moi non plus.


10 août 2013 – L’hypothèse

Le samedi matin, nous rentrons en France. Mes sentiments sont mitigés, à vrai dire je n’ai pas encore assimilé tout ce qui s’est passé ces derniers jours, le gain au Loto, puis le malaise de Daniel. J’ai une idée qui pourrait clarifier la situation.

Le soir, après le dîner, je propose à Daniel de lui refaire un massage érotique. Il est tout de suite d’accord, il est de nouveau en parfaite santé, on ne dirait plus qu’il a passé une nuit à l’hôpital.

Après son éjaculation, je le nettoie avec un mouchoir que je garde. J’invoque la fatigue et je me retire dans ma chambre (chez moi, nous faisons toujours chambre séparée). J’avais retrouvé un microscope que j’utilisais lorsque j’étais enfant. Je voulais examiner le sperme de Daniel, et trouver peut-être une anomalie. Je mets une goutte sur une lamelle et je regarde par l’oculaire. Je suis déçu, je ne vois rien de spécial. Je m’imaginais peut-être que les spermatozoïdes auraient deux flagelles. J’avais déjà regardé mon propre sperme il y a quelques années. J’allais ranger le microscope, lorsque je décide de faire une comparaison. Je me masturbe rapidement, sans même me déshabiller, et j’obtiens mon deuxième échantillon.

Il y a bien une différence, les spermatozoïdes sont indiscutablement plus gros.

Cette fois, je pensais avoir trouvé le secret de mon compagnon.

Il est certainement le résultat d’une manipulation génétique. Il a été conçu dans un laboratoire ultra-secret, a passé dans le ventre d’une mère porteuse, et a été élevé dans ce labo, ne sortant qu’à de rares occasions, et toujours accompagné. Il a été observé pendant toute son enfance et adolescence par des scientifiques.

À sa majorité, on ne pouvait plus le garder enfermé, ou c’est le nouveau gouvernement qui n’a plus toléré ces expériences douteuses. On l’a donc libéré récemment. Le labo était peut-être même dans la région, et on l’a déposé en voiture devant la gare il y a dix jours, en mettant au point une explication plausible de correspondance ratée. On lui a ordonné de ne rien dire et on lui a transféré une grosse somme d’argent dans une banque étrangère en échange de son silence.

Ma théorie était assez plausible. Elle expliquait son inexpérience dans la vie tous les jours, ses capacités physiques et intellectuelles exceptionnelles, sa maladie inhabituelle.

Elle n’expliquait pas le gain au Loto, mais cela pouvait être vraiment un hasard.

Pourquoi voulait-il quand même se rendre à la clinique à Paris, au risque d’avoir de nouveau des problèmes ? Les médecins de cette clinique connaissaient sûrement son dossier et ne seraient pas surpris. Il devait peut-être même s’y rendre régulièrement pour faire des contrôles.


10 août 2013 – La révélation

Je ne pouvais pas dormir. Je voulais exposer ma théorie à Daniel à son réveil, j’allais bien voir sa réaction. Je repensais à ce qu’il m’avait dit : « Tu devras être patient et aussi découvrir tout seul. » Il avait beaucoup écrit sur mon ordinateur ces derniers jours. Et si je lisais ses textes ? Et s’il écrivait un journal de voyage ou un journal intime ? Avais-je le droit de lire ?

Si c’est moi qui découvrais son secret, il ne violerait pas son serment de ne rien dire.

Je sors de ma chambre, sans allumer la lumière. Je m’assieds devant l’ordinateur. Je trouve facilement ses fichiers, il ne les a pas cachés. Je les trie par date et j’ouvre le plus ancien.

Ce que j’y lis ne me surprends pas vraiment, mais je n’avais pas osé l’imaginer.

À suivre…