Con-cul-binage (ou Les surprises d'un samedi soir)
De Gai-Éros.
Texte paru le 1999-10-05 par JacquesLamoureux
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Il y avait cette étincelle au coin de l'oeil gauche qui pensait à sourire et qui, pourtant, résistait; on s'était vu tellement souvent dans les bars sans jamais se parler. Délicat sans être efféminé, la jeune trentaine lui allait comme un gant. Et toujours nos regards se croisaient sans mot dire, sans maudire, comme dans une indifférence crasse ou de gêne mal placée; nous nous étions surpris plusieurs fois à nous observer l'un l'autre, toujours du coin de l'oeil, bien sûr. Je savais qu'il s'appelait Paul et qu'il partageait un ménage mais un ménage qui lui laissait une certaine liberté, les soirs de pleine lune, mais ce soir-là, sa présence se faisait sentir tout en demeurant invisible... Beaucoup de gais savent que l'absence totale de la lune produit autant d'effervescences que lorsqu'elle est pleine...
Visiblement ce soir-là, séduisant, endimanché comme un beau matin d'avril, Paul draguait; un sourire à l'un, et une gorgée de bière; une filature du regard, et une autre gorgée de bière; bref ça sentait la recherche et l'aventure... Pourquoi pas moi, me dis-je? Après tout, il me plaisait bien ce Paul... Au moment où je me décidai enfin à l'aborder après quelqu'échanges complices le voilà qu'il se déplace et je le perds de vue. Merde! Le bar est plein à craquer. Devrais-je le poursuivre? Bahff! Après tout, je le reverrai certainement plus tard ou un autre jour... Fumée. Alcool. Musique. La foule se bouscule et se frôle. Je rêvasse... La foule est dense... Je pense... La foule danse. Je me retrouve un peu coincé entre un mur et plusieurs danseurs qui agitent les mains en se dandinant furieusement. Parfois une main m'effleure, me touche, à plusieurs reprises, toujours la même; est-ce fait par exprès?... J'avance de quelques pas pour me retrouver à mon tour à travers ces garçons aux touchers furtifs, aux membres qui s'enchevêtrent. Je sautille, emporté, en rythmant mes gestes à la cacophonie ambiante...
Les tortillages s'emmêlent, s'embrouillent pendant que des mains, comme disloquées, s'accrochent, s'accostent involontairement. La musique me grise. Je ferme les yeux. Je piétine et me déhanche. Je titube et vacille, rêvasse et phantasme... Parfois je perçois de légers frôlements sur mes fesses sur mes cuisses, des frôlements à la dérobée mais répétitifs... Je n'ose ouvrir les yeux... Je décide de faire semblant de ne pas m'en apercevoir mais d'autres attouchements s'ajoutent aux premiers, comme plus insistants, comme plus précis, subtilement plus précis... Ça m'agresse, tendrement ça m'allume. De seconde en seconde, ce tâtonnement m'excite d'une frénésie particulière, toute sensuelle. J'éprouve un doux plaisir à sentir cette main répétitive, qui radote sur moi, comme bégayante. Enivré par la cadence tribale, je sautille d'un demi-pas vif vers l'arrière bousculant au passage la main non-identifiée... Presque aussitôt, l'inconnu reprend son petit manège et m'effleure bientôt de plus en plus. Je sens comme une caresse délictueuse, une caresse qui n'ose pas tout-à-fait caresser, délicieusement. Les lumières mitraillent la piste de danse. Les yeux mi-clos, je n'arrive toujours pas à identifier le danseur aux mains si fouineuses, mais j'entretiens cette volupté clandestine durant un long moment. Puis, je tente de le frôler à mon tour, de la main droite... Je le touche vitement d'abord; il porte un jeans. Sa main bat toujours la musique avec une assiduité bandante et la mienne le touche maintenant tout aussi régulièrement.
Ça ne peut plus être accidentel... Je suis persuadé qu'il me touche aussi volontairement que je le touche... Même qu'on dirait que ses doigts s'agrippent parfois plus longuement, égrillards. Par un hasard calculé, ma main aboutit directement sur son entrejambe. Dois-je encore feindre?... Et si c'était une coïncidence? Les danseurs sont parfois tellement stones... Je n'ose le regarder de crainte de briser le charme sensuel de cet échange, mais je sens maintenant des caresses dans le creux de mes reins qui agissent d'une manière qu'on dirait décidé. Ce prélude comme une invite me rend plus entreprenant, tâtant maladroitement dans cette foule le paquet que fait sa queue. Malgré mon désir de poursuivre longtemps ces jeux voluptueux, je retire ma main d'une position aussi confortable qu'agréable pour me retourner face à mon danseur provocateur... Nos regards se défient l'espace d'une seconde. Brusquement, nous nous enlaçons dans un long baiser lascif, nos corps se trémoussant l'un sur l'autre jusqu'à ce qu'un clin d'oeil complice nous entraîne dans un coin plus discret... Pendant plusieurs minutes, nous nous sommes caressés à l'emporte-pièce et dans des gestes aussi libertins qu'osés. Puis, il m'a demandé si je voulais aller chez-lui, prendre un café... Il s'appelait Marc; j'ai accepté...
Dans le taxi qui nous conduit chez-lui, je constate que Marc est fort joli garçon et sensuel à souhait, encore plus que ce que j'avais perçu dans la noirceur du bar enfume. On jase un peu. Il me dit qu'il demeure avec un copain avec qui il baise à l'occasion car, ajoute-t-il avec insistance, ce garçon possède un corps magnifique...
Sa chatte l'attendait patiemment à l'entrée; une belle chatte rousse aux yeux verts. Aussitôt entrés, il me saute dessus avec une fougue insensée, tout-à-fait débridée. En moins de deux, nous roulons sur le tapis moelleux, débordants de désirs; un à un, nos vêtements s'éparpillent dans le salon foisonnant de plantes luxuriantes. Nos caresses s'enchaînent dans un échange endiablé. Telle que devinée à travers son jean, Marc possède une queue alléchante, un beau sexe droit que j'ai caressé, sucé, mordillé, enserré avec une avidité délirante, Son corps soyeux contrastait avec ses gestes emportés et brusques. Nos élans érotiques se raffermirent et nos ébats prirent l'allure d'une véritable débauche dans la lumière feutrée d'une veilleuse... Corps à corps, queue sur queue; nos mains vagabondent sur nos peaux; baisers et caresses perverses, tout cela agrémente la jouissance de nos corps, le délire de nos sens. Au moment où nous nous élancions dans un soixante-neuf surexcitant, on entendit tourner une clef dans la serrure de la porte et celle-ci s'ouvrit...
Stupéfait, je reconnais Paul, celui à qui je n'avais pas réussi à parler au bar et qui est, ironie du sort, le colocataire de Marc! Il nous regarda un bref instant, puis nous dit un bonsoir poli et disparut dans la salle de bain. Un long silence bouscula nos effluves. Alors, j'ai pensé à son "corps magnifique" selon les dires de Marc. "On devrait peut-être se transporter dans ta chambre?" Suggérai-je à celui-ci. Il me répondit qu'il avait tellement hâte que... et un long baiser couvrit ses paroles...
Aussi soudainement que Paul était apparu dans la pièce, il réapparut devant nous, nu et dans une érection majestueuse... tour à tour, tous les trois, nos regards s'échangèrent, il y eut des flammèches Paul se rapprocha de nous et commença à couvrir nos corps de baisers onctueux tout en frôlant et refrôlant nos queues bandées. Et nous nous sommes laissé aller à une infinité de caresses complaisantes. L'arrivée de Paul dans nos ébats sexuels transmua notre frénésie en une sorte d'échange de douceurs savoureuses, un rubato de sensualités délicates. Marc avait raison; Paul possédait un corps absolument magnifique. Bientôt nos élans débouchèrent vers une vertigineuse montée d'allégresses absolues...
On ne pouvait y échapper. Notre trio se débattait avec brio. Et j'éprouvais maintenant l'ardent désir de dominer Paul et ce dernier m'y invitait par des manipulations spécieuses. Je léchais et pourléchais son anus imberbe pendant que Marc me suçait frénétiquement et que Paul lui triturait les gosses. Le phantasme de la sodomie me dominait, excitait tous les pores de ma peau. Marc me caressait maintenant le trou du cul avec un doigté des plus agiles pendant que Paul faisait l'impossible pour sucer nos deux membres raidis en même temps. Puis, lentement, très lentement, la vertu fit place au vice... Délicatement, je m'aventurai à pénétrer Paul... Dès les premiers contacts de mon gland entre ses deux fesses, je fus pris d'un vertige extatique. Alors, Marc entreprit de m'enfiler un condom lubrifié ce qu'il réussit sans trop de peine pendant que Paul le rongeait rageusement. Mes mains se baladaient d'un entrecuisse à l'autre, d'un phallus à l'autre... Puis Paul s'étendit vachement, lâchement, les jambes écartées sur l'épais tapis, m'invitant à poursuivre l'aventure plus profondément... Je m'ajustai... Après quelques efforts, sans crier gare je plongeai ma queue au plus profond de l'anus qui m'invitait. Paul frémit, râla; serra les dents sur la queue de Marc qui dut la lui retirer... Je plongeai de nouveau et je sentais son corps tendu et bandé sous mes pressions répétitives; puis je restai un long moment immobile, laissant à Paul le temps de reprendre son souffle; je regardais Marc, debout devant nous, ajustant à son tour un condom sur sa queue titillante. Il se rapprocha de nous et me fit comprendre que je devais partager mon plaisir... Par des gestes aussi précis que doux, avec tendresse et chaleur, il s'aventura lentement à gouverner son épieu entre mes reins. À chaque effort de Marc, je craignais d'éjaculer malgré moi tant la position était fragile, difficile à tenir; mais je pus me contenir jusqu'à ce que Marc fut dans une position aussi confortable que la mienne... Je réussis à placer mes mains sous le corps de Paul et parvins à enserrer sa queue tellement dure que je crus qu'elle était pour éclater d'un seul toucher... Nous étions superposés, tous les trois écoutant battre nos coeurs à l'unisson pendant un long moment. Puis, Marc commença à me chevaucher doucement; je sentais sa pine droite me labourer dans un tendre va-et-vient jusqu'à ce que je ne puisse plus supporter autant d'allégresse.
J'éjaculai dans des spasmes aussi sonores qu'incontrôlables. Je perçus en même temps que Marc capitulait à son tour car je sentis les soubresauts de sa queue qui me grisèrent dans tout mon être... Paul déchargea entre mes mains...
Au bout d'un certain temps, nos corps glissèrent l'un contre l'autre et nous sommes restés silencieux, les esprits épris d'un tourbillon de voluptés qu'il fallait laisser évaporer... Les premières lueurs roses et mordorées du soleil levant caracolèrent sur nos corps assouvis... La chatte ronronnait dans un coin...
C'est Paul qui brisa l'enchantement, rompant le charme. Nos peaux étaient encore frémissantes lorsqu'il se leva d'un coup sec et s'écria: "C'est moi qui vais à la douche le premier!" et il fila à la salle de bain. La chatte rousse tournait maintenant autour de Marc et moi, en miaulant sans doute d'envie... Marc, encore tout bandé, se frôla et refrôla encore à mes côtés tout le temps que Paul prit sa douche. Lorsqu'il en ressortit Marc se leva et nous invita à nous laver à notre tour. Et là, nous nous sommes encore calmés. Nous avons répété nos caresses sous le flux intemporel de l'eau chaude, jusqu'à l'extase renouvelé d'une double éjaculation... Puis Paul vint nous avertir que le déjeuner serait bientôt prêt...
Paul avait préparé des oeufs frais au bacon; il nous servit joyeusement tout en placotant de tout et de rien, pour finalement nous dire à travers ses élucubrations qu'il devait partir car il travaillait ce matin-là. Marc et moi, nous nous sommes couchés jusqu'à la fin de l'après-midi.
Bien sûr je revis Paul et Marc; nous avons essayé de reconquérir le plaisir que nous avions partagé, mais le charme de la première fois n'y était plus... J'ai même amené Marc chez-moi, puis Paul, mais encore là, les effluves amoureux se déroulèrent sobrement. Et maintenant, on se revoit parfois dans les bars; on se salue sans plus depuis des années...
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